Hors


Marcoussis, avril 1999

Ces derniers jours je retrouve tout à fait par hasard le brouillon de ma lettre envoyée à André Breton en guise d'adieu en décembre 1954.

 ...Je dois vous quitter, ne pouvant pas venir aux réunions, pour essayer – seule – ce que ce petit poème populaire ancien hongrois m'invite à faire : Celui qui veut être cornemuseur Doit descendre en enfer Là-bas il doit apprendre comment souffler Dans la cornemuse .

  Aujourd'hui, en avril 1999, je m'aperçois que c'est fait. Quelle longue saison en enfer - 45 ans – pas selon le calendrier grégorien. Il fallait le grand souffle, j'ai appris. Maintenant je suis hors : hors champ, hors du fond, hors limite et aussi hors d'atteinte. Maintenant, il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

(Publié dans le catalogue de l'exposition Judit Reigl, Hors, Paris, Galerie de France, 1999)